Ingrid Betancourt : De retour dans la jungle urbaine
Le 2 juillet dernier, l’humanité écrivait une page de son histoire. En effet, la libération d’Ingrid Betancourt, chargée d’émotions et de symboliques, constitue une grande avancée pour l’homme même si beaucoup de questions restent en suspend…
L’émotion a envahie la terre entière à l’annonce, mercredi dernier, de la libération d’Ingrid Betancourt. La captivité de cette femme politique franco-colombienne, âgée de 47 ans, avait suscitée beaucoup d’ émois dans le monde entier. En effet, les mobilisations pour sa libération sous forme de pétitions, de manifestations avait été très forte au quatre coins de la planète. Une mobilisation justifiée, dans le sens où sa captivité était encore une preuve de l’atteinte à la liberté d’expression. Ingrid Betancourt s’était, en effet, attaquée à un dossier très épineux : dénoncer la corruption gouvernementale par ascendance avec les trafiquants de drogue, l’une des activités majeures de la Colombie. Autant dire que la sanction s’est vite fait ressentir. En pleine campagne des élections présidentielles de 2002, nous apprenions son enlèvement par les Farc (Forces armées révolutionnaires colombiennes). A partir de cette date du 23 février 2002, loin de pouvoir imaginer ce qui l’attendait, c’est un calvaire de 2321 jours (un peu plus de six ans) qui va alors commencer pour la représentante et militante du parti écologiste colombien. Ces six dernières années ont été donc le théâtre, par médias interposés, de la détresse de toute une famille, entraînant dans son sillage la classe politique, un comité de soutien a été créé, mais aussi des associations et des anonymes défenseurs de la liberté d’expression, de la démocratie et par conséquent du respect des droits de l’homme.
Le 2 juillet 2008 sera une date à inscrire dans les annales. Elle signe, de manière symbolique, la victoire de la Liberté sur la Tyrannie, de la justice sur l'oppression. Il est essentiel de saluer, en tout premier lieu, le courage, la ténacité d’Ingrid Betancourt et Dieu, comme elle le précise, elle-même. La dignité et la constance qu’elle affichait dans cette expérience traumatisante, en restant fidèle à ses convictions, peuvent s’inscrire en exemple pour les générations futures et pour l’humanité de façon générale. A aucun moment, à travers les images de sa détention qui étaient diffusées, la résignation ne s’est lue sur son visage. Même dans cette terrible épreuve, avec toutes les souffrances morales, physiques et émotionnelles qu’elle pouvait engendrer, elle s’inscrivait encore en catalyseur pour ses enfants, ses proches et tous ceux qui d’une manière ou d’une autre adhérait à son combat. La deuxième pensée va, bien sûr, à ses enfants qui en dépit de leur jeune âge ont fait face à cette situation avec beaucoup de maturité, de philosophie et sagesse à l’exemple de leur mère. Il ne faudrait pas oublier tous ceux qui avec détachement, sans avoir d’intérêt particulier sinon la charité ou la compassion ses ont mobilisés pour cette cause qui paraît tout à fait juste.
Dans cette liste d’acteurs ayant contribués à cette victoire ou libération arrive, tous les chefs d’Etats ou hommes politiques (Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Hugo Chavez, Nicolas Sarkozy, Bernard Kouchner…) La mention spéciale revient, bien sûr, au président Alvaro Uribe, dont la constance à porter ses fruits et à tous les soldats colombiens. Cette libération ne représente cependant qu’une bataille de gagner mais la guerre contre le terrorisme ou l’absolutisme continue. Les guérilleros des Farc semblent vivre leurs derniers instants mais c’est loin d’être le cas pour toutes les factions extrémistes de ce genre à travers le monde…
Attention à la récupération politique
Les enseignements à tirer de cette détention sur l’humanité sont énormes. Ils peuvent cependant se résumer en une seule pensée. L’homme même le plus mauvais qui soit est capable d’un minimum d’humanité. Il est vraiment admirable et étonnant de s’apercevoir comment l’homme peut être solidaire, charitable, humain dans certaines situations qui l’imposent pour ensuite redevenir cette bête sans cœur, une fois l’orage passé. Espérons que cet événement quasi-miraculeux pourra contribuer à éveiller les consciences. Il est sûrement une leçon de vie pour Ingrid Betancourt, qu’il en soit de même pour nous. Cette dernière pensée m’est inspirée par l’attitude de certains médias qui sont, bien sûr, à la merci de notre cher président. Alors que l’action se déroulait encore sous leurs yeux et que l’émotion des différents protagonistes était encore palpable, une guerre se livrait déjà afin d’approprier le mérite de cette libération à M. Sarkozy. Soyons humain et charitable, ne mettons pas tout au service de notre propre intérêt. L’implication de M.Sarkozy et de tout autre homme politique est tout à fait louable. Seulement, il semble juste de dire que le mérite ne reviens qu’à l’armée colombienne et son président, qui en dépit des échecs répétés ont su se monter patient et persévérant. Cette lutte pour la reconnaissance amène encore une autre question : l’intégrité et l’honnêteté de président colombien ? En effet, celui- ci avait demandé des élections anticipées et alors même qu’il est au plus dans les sondages et que sa côte de popularité n’est pas au mieux, cette libération arrive comme l’élément qui va le relancer dans la partie. Certains ne verraient-ils en cet action qu'une manière de redorer leur blason, plutôt qu'un appel à être plus humain ? A méditer… J'espère sincèrement qu' Ingrid Betancourt qui m'apparait comme étant une femme, mais qui a été absente assez longtemps quand même (six ans, ce n'est pas rien) restera fidèle à ses convictions et ne se laissera pas prendre dans les rouages de cette politique qui chaque jour se familiarise avec le mensonge et ne défend plus que l'intérêt du peuple mais ses propres intérêts...